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L’avenir du secteur sidérurgique espagnol se forge au gré des transactions

Après une année 2021 synonyme de véritable coup de frais pour la sidérurgie du pays, la pression retombe une nouvelle fois sur un secteur clé, véritable colonne vertébrale de l’industrie.

La récente publication de l’indice PMI manufacturier ne fait que confirmer ce que chacun anticipait. Pour le troisième mois consécutif, l’indicateur s’est établi en dessous des 50 points, en zone de contraction, ce qui laisse présager une fin d’année bien éloignée de l’exubérance observée l’an dernier.

L’environnement macroéconomique ne facilite pas l’élaboration d’estimations, et encore moins d’estimations optimistes. L’incertitude géopolitique, qui s’inscrit dans la durée en raison du conflit armé impliquant deux puissances mondiales de premier plan dans la fabrication et l’exportation d’acier, une inflation incontrôlée et éloignée des objectifs des banques centrales et, selon toute vraisemblance, la poursuite de la hausse des taux d’intérêt prévue pour les prochains mois, convergent et frappent de plein fouet un secteur au cœur du développement industriel.

La question que nous nous posons est de savoir si ce cocktail macroéconomique nous oriente vers un nouveau point d’équilibre, ou si la face cachée de l’iceberg ne fait que commencer à apparaître avant l’arrivée de l’hiver en Europe. L’absence de changements majeurs dans la guerre en Ukraine et l’évolution de la spirale inflationniste dans laquelle nous nous trouvons dicteront l’avenir à court terme.

Pour l’instant, il semble que les mouvements stratégiques et opérations de M&A dans le secteur puissent se poursuivre pendant un certain temps. Après l’entrée du groupe Cristian Lay au capital de Gallardo Balboa en juillet 2020, dernière grande transaction dans le secteur sidérurgique, une multitude d’opérations sur des entreprises de produits métalliques se sont concrétisées. 11 transactions en un peu plus de 14 mois, uniquement en Espagne. On notera notamment les acquisitions de Tubos del Mediterráneo et Tubos de Legutiano par Hierros Añón, la cession de THU Perfil à la multinationale irlandaise Kingspan, ou encore l’acquisition conjointe d’Aercal par son PDG et le fonds français Capza.

Spain Crude Steel Production and share us. total EU27 output



En 2021, la sidérurgie espagnole a produit 14,2 millions de tonnes, soit environ 28 % de plus qu’en 2020 et plus de 5 % de plus qu’en 2019. Elle s’est hissée au rang de troisième producteur de l’Union européenne avec 9 % de la production, derrière l’Allemagne et l’Italie, et devant la France. À l’échelle mondiale, l’Espagne représente à peine 0,7 % de la production mondiale totale, contre 8 % pour l’Union européenne. La Russie et l’Ukraine représentent 5 % d’un marché dominé par la Chine, qui détient 53 % de la production mondiale. La Chine est soumise à de lourds droits de douane sur les importations d’acier à destination de notre chère Union européenne.

La croissance enregistrée en Espagne, en termes de volumes, s’est accompagnée d’hausses de prix permettant de répercuter l’augmentation des coûts des matières premières, du transport et de l’électricité. La combinaison de ces deux leviers de croissance (prix et volume) a entraîné une amélioration du résultat opérationnel brut (EBITDA) et, dans certains cas, une nouvelle progression des marges opérationnelles.

En conséquence, en 2021, les principales entreprises ont pu réduire leur endettement net et, dans l’ensemble, le secteur affiche une santé financière plus solide. Alors que le début de l’année 2022 a maintenu la bonne dynamique de 2021, le déclenchement de la guerre en Ukraine a marqué un tournant décisif pour le secteur, si bien que le second semestre s’annonce complètement différent. Pour commencer, ces deux pays produisent près de 100 millions de tonnes d’acier par an, soit l’équivalent de 70 % de la production de l’ensemble de l’Union européenne. Les arrêts de production (évidents) en Ukraine, combinés aux restrictions sur les importations russes, touchent de manière significative l’ensemble de l’industrie européenne. S’ajoute à cela l’effet que la guerre a eu sur les prix du gaz et de l’électricité sur tout le continent européen.

Les hausses de taux anticipées par les analystes au cours des prochains mois indiquent un durcissement des conditions de financement, qui pourrait impacter le marché immobilier. Il convient de noter que les aciers longs sont majoritairement destinés au marché de la construction ; une contraction de ce marché pourrait donc avoir une incidence significative sur les volumes de vente d’aciers longs.

D’autre part, les aciers plats ont un marché final plus diversifié ; par conséquent, pour être impactés, il faudrait une contraction généralisée de l’activité industrielle (les indicateurs PMI dont nous parlions…)

La Russie et l’Ukraine représentent 70 %
de la production totale d’acier de l’UE27

En résumé, il existe d’une part certains facteurs qui touchent l’économie globale et qui se manifesteront donc de manière généralisée au niveau des entreprises, comme la hausse des taux d’intérêt. D’autre part, nous observons d’autres dynamiques qui affectent particulièrement, ou de façon plus marquée, le secteur sidérurgique (droits de douane, hausse du prix des matières premières ou de l’électricité en tant que secteur électro-intensif, entre autres).

Par conséquent, le secteur est secoué par un tsunami de facteurs divers (à la fois internes et externes) et l’on s’attend à ce que des opérations continuent d’émerger sur le segment du middle-market. C’est en eau trouble que la pêche est bonne. Ces transactions peuvent s’inscrire dans le cadre d’une intégration verticale au sein de la chaîne de valeur par un groupe sidérurgique industriel (comme dans le cas de Hierros Añón), ou sous la forme d’une acquisition par un acteur non encore présent sur ce marché, qu’il s’agisse d’un investisseur financier (comme Capza) ou d’un groupe industriel développant un nouveau segment, à l’instar des opérations de Cristian Lay ou Kingspan mentionnées précédemment.

En conclusion, nous pensons que la sidérurgie présente de nombreuses caractéristiques qui en font un secteur attractif pour les investisseurs, aussi bien financiers qu’industriels, en dépit de la période d’incertitude actuelle. Il reste un secteur clé pour le développement de l’industrie, fort d’une multitude d’acteurs internationaux et d’une situation financière solide. L’incertitude pourrait entraîner un ralentissement du rythme des transactions d’entreprises par rapport aux derniers mois, mais de belles opportunités d’investissement continuent d’exister et nous pensons que certaines d’entre elles pourraient se concrétiser prochainement.